Histoire de Clémery

Sommaire :

Héraldique de Clémery

Héraldique : « coupé d’argent et de gueules, à une aigle d’or brochant sur le tout »

La descendance de Antoine Warin  de Clémery, d’ancienne chevalerie et éteinte au XVIème siècle, portait ces armes. Union des Cercles Généalogiques LorrainsLa Meurthe-et-Moselle – Les 594 Communes  – Le département de la MeurtheArmorial général – J.B. RietstapArmorial de Constant Lapaix

Héraldique:  » D’argent au lion de gueules, armé, lampassé et couronné d’or « 

Constant Lapaix nous dit que Clémery, autrefois Duhautoy, portait les armes de Jean-Baptiste Gaston, comte Du Hautoy, en faveur duquel les seigneuries de Belleau, Bégnicourt et le village de Clémery furent érigés en Marquisat sous le nom de Duhautoy en 1728.

Le lion qui porte la couronne de Marquis

Héraldique: » D’argent plain au chef de gueules chargé d’une aigle d’or »

(Généalogie Bisval) Armorial des villes et villages de France : 54131 Clémery  – UGCL « copyright dépôt.com »

Héraldique: Armorial des communes de Meurthe et Moselle ( Geneawiki)

Héraldique:  » D’argent au chef de gueules chargé d’une aigle d’or « 

Dernier blason  réalisé pour le projet blasons du Wikipédia  francophone par AXEL 41 le 11/7/2007

Clémery à travers les guerres

Clémery et la guerre de 30 ans

La guerre de 30 Ans, qui commence en Bohème par un conflit entre catholiques et protestants, va s’étendre à tout l’Empire. De 1618 à 1648, elle va diviser l’Europe en deux. La Lorraine entre en guerre en 1631 . Celle -ci ne finira qu’en 1661 .

Le duché de Lorraine, qui connaît une période de paix et de prospérité en ce début de XVIIème siècle, est théoriquement neutre. A cette époque, la Lorraine n’est pas encore  rattachée à la France et c’est Charles IV (1624-1675) qui règne sur la Lorraine.

Mais le duc de Lorraine Charles IV refuse l’alliance proposée par Richelieu . Il se range alors aux côtés des Habsbourg , les catholiques, contre Richelieu le libéral, allié aux protestants.

Charles IV – Duc de Lorraine

A cette époque, Richelieu a donné l’ordre de « nettoyer le pays » de rechercher « tous ceux qui ouvertement ou secrètement ont eu intelligence avec ledit Charles et ses adhérents », de saisir tous les biens et de « poursuivre comme criminels » les grands seigneurs du pays et « gentils hommes mal affectionnez »…

Louis XIII, Richelieu et ses mousquetaires

Ainsi à partir de 1633, les hordes de Suédois, Tchèques, Croates, Pollacs et autres déferlent sur les terres de Lorraine, pillant, tuant, apportant partout la désolation, les épidémies, les famines… La peste sévit de 1630 à 1637 . Les conséquences seront dramatiques : pour exemple, Metz passe de 19 000 habitants en 1636 à 3 000 en 1643. Les traités de Westphalie (1648), qui terminent la guerre de Trente Ans, donnent définitivement à la France les Trois-Évêchés  (Metz , Toul et Verdun) et l’Alsace, mais ne mettent pas fin aux hostilités en Lorraine.

« La malheureuse Lorraine était alors en proie à toutes les calamités … les paysans pillés tour à tour par les Français, par les Suédois, par les Italiens, par les Croates, n’avaient plus de proie à offrir aux derniers venus, qui les soumettaient aux plus cruelles tortures pour les forcer à révéler les cachettes où les soldats supposaient qu’ils avaient celé leur argent. Les habitants se réfugiaient dans les bois et y périssaient de misère. Les villes et les châteaux étaient sans cesse assiégés, pris et repris. Les bourgeois qui ne périssaient pas dans la défense de leurs villes, étaient ruinés par le logement des gens de guerre qui les maltraitaient. Ceux qui survivaient à tant de misères se hâtaient de fuir le pays dévasté par tant de fléaux. La Lorraine, dit un Historien du temps, a les malheurs de Jérusalem… »

Ecrit de V. Mand’Heux (Les Racines Lorraines des ARNOULD de Gerbéviller Claude et Denise GEWISS 1983)

Dès l’année 1633 (monographie de Clémery 1888) les habitants de Clémery et de Bénicourt ruinés et dépeuplés, ayant demandé la réduction de 2/3 de leurs rentes, la chambre des Comptes envoya sur les lieux des commissaires qui rédigèrent le rapport suivant :

« Les pertes et intérêts soufferts par les remontrants leur ont été causés de plusieurs passages des troupes françaises qui se seraient diversement jetées et sans ordre ni départements et par brigades esdits villages de Clémery et Bégnicourt, où elles auraient vécu à volonté, mais particulièrement celles qui auraient logé au commencement des moissons dernières, savoir le régiment du Comte de Grand-Prey, portant vingt compagnies réduites à douze cents hommes, qui auraient pressé lesdits  habitants jusques à abattre les tuiles des toits et renversé les couvertures qui sont encore aujourd’hui en ce piteux état; le régiment du Comte Thonin avec 6 compagnies, des vingt deux qu’il avait et les derniers du Comte de Nateville, lequel avec son régiment de douze compagnies portant douze cents hommes effectifs, y auraient logé et  séjourné deux jours et deux nuits avec une si licencieuse liberté, qu’ils n’auraient rien laissé aux remontrants, n’ayant épargné de foncer la basse cour du château non plus que la porte de l’église et par toutes les maisons mangé fruits et emporté tout ce qu’ils avaient pu, et par après obligé et contraint par le mayeur de leur donner attestation de leurs bons comportements, tellement que les laboureurs y ont laissé le meilleur de leur récolte, comme blé, orge, avoine, foin , paille, et autres ustensiles , et les manouvriers la meilleure partie de leurs meubles , les vitres portes et fermetures de leurs maisons étant presque toutes rompues et déroquées, et lesdits remontrants réduits à une telle pauvreté qu’il leur est presque impossible de s’acquitter de leurs rentes de l’année présente, notamment les manouvriers, qui n’ont aucun grains, et les laboureurs si peu qu’il n’y a que deux qui aient pour leur fourniture seulement … »

Selon les registres du receveur du Domaine de Nomeny en 1635, « le siège de Clémery aurait entièrement ruiné de fond en comble les villages susdits et les habitants d’iceux ».

« Le château de Clémery fut assiégé à plusieurs reprises par les Suédois, il n’est pas dit qu’ils s’en emparèrent mais il dévastèrent le village, qui, l’année suivante était désert et inhabitable, les officiers de justice morts pendant les sièges du château »

En 1636,  Bénicourt et Clémery sont déserts et inhabitables, il reste 3 à 4 habitants . En 1637 ils ont été contraints  d’abandonner leurs demeures, « il n’y a aucun habitant, que les domestiques de la Dame du Hautoy, dame desdits lieux… »

Ce n’est qu’en 1661 que cette guerre se termine pour la Lorraine. Par le traité de Vincennes, le duc Charles IV doit céder à la France de Louis XIV la Route d’Alsace (de Metz à Strasbourg).

Cette partie sanglante de l’histoire du duché de Lorraine, a permis le rattachement par la force de la Lorraine à la France au prix d’une population exterminée de plus de 50% . Il faudra plus d’un siècle à la Lorraine pour retrouver son niveau de population de 1618 ; des dizaines de villages sont définitivement rayés de la carte et ne seront plus jamais reconstruits. (Publié dans Terre d’Histoire). En 1712 la population de Clémery est  de 18 habitants.

La Révolution Française de 1789

Les élections aux Etats Généraux dans le bailliage de Pont-à-Mousson

Le bailliage de Pont-à-Mousson, créé en 1641 par le duc de Lorraine Charles IV , maintenu sous Léopold et Stanislas, fut l’un des plus importants des 34 bailliages que comprenait la Lorraine en 1789. Avec ses 60 communes ou 65 paroisses , et ses 5.599 feux ou 27.944 habitants , il se plaçait respectivement aux sixième et quinzième rangs.  (Lepage. Les Communes de la Meurthe, t. II, p. 346. Arch. de M.-et-M., série Bm)

Les 65 paroisses du bailliage dépendaient de 2 évêchés, celui de Metz et de Toul . L’évêché de Metz avait 4 archidiaconés dont celui  de Nomeny et celui de Pont-à-Mousson. Clémery dépendait de celui de Nomeny , Belleau de celui de Pont à Mousson. 

A Pont-à-Mousson, comme ailleurs, l’annonce de la convocation des Etats Généraux souleva une immense vague d’espoir. Dès le mois de novembre 1788, villes et campagnes s’agitaient. Les membres du Clergé (évêques, curés,, délégués des chapitres et des abbayes) et de la Noblesse (nobles fieffés ou non fîeffés) se réunirent au chef-lieu du bailliage et désignèrent directement leurs députés; quant aux députés du Tiers-Etat, ils furent choisis au chef-lieu du bailliage parmi les délégués élus.

Des huit députés du bailliage de Pont-à-Mousson, trois seulement furent élus le 11 avril à l’assemblée de réduction de Bar-le-Duc : Roch-Hyacinthe Vicomte Duhautoy ( cousin des Duhautoy de Clémery ) pour la Noblesse ; Louis-René Viard, pour le Tiers-Etat, et Charles- Alexandre – Gabriel Charvet de Blénod, député suppléant pour la Noblesse. Ces trois hommes, un noble et deux gens de loi, portèrent au loin, à Versailles, les espérances de 27.944 Lorrains.

Le cahier de doléances de Duhautoy (in extenso)

( Recueil de Florange du   baron Louis René Viard Maire de Pont à Mousson en 1859). Cahier de 24 pages, dont 16 de texte et signatures.

Départ. de Meurthe-et-Moselle. — Arrondissement de Nancy. — Canton de Nomeny.
Diocèse de Metz. — Archidiaconé de Vic — Archiprêtré de Nomeny.
Patron : Abbé de Saint-Symphorien de Metz. — Décimateur : Marquis de Duhautoy.

Feux : 66 (1789). — Habit. : 310 (1790).

Seigneur : Charles-Henry, marquis Du Hautoy (1789).
Impositions (1789) : Subvention 549 livres.
Ponts et Chaussées 521 livres.
Députés : Joseph Lemoine et Sébastien Lallemand.

 » Quoique nous n’ayons que les cahiers des trois ordres ( Noblesse, Clergé et Tiers état ) et quarante- quatre des soixante cahiers communaux, leur examen nous autorise à conclure ainsi :

– 1° les différences d’opinions et de classes paraissent assez atténuées en Lorraine, dans le bailliage de Pont-à-Mousson tout au moins,

– 2° après vingt-trois ans de rattachement à la France, l’amour des Lorrains pour leur petite patrie et ses institutions était aussi vif ;

– 3° leurs doléances, avec ce double caractère régionaliste et modéré, sont un reflet du visage de la France de 1789 : dans une France en majorité rurale, le français de l’époque, trop respectueux encore de la monarchie, ne cherchait pas une révolution, mais une amélioration matérielle de son sort par des mesures sagement appropriées. Il est regrettable que ces doléances, justifiées et modérées dans leur accent, n’aient pas été entendues en leur temps !  » Zoltan Harsany

Contenu du cahier :

Cejourd’hui huit mars mil sept cent quatre vingt neuf sur les trois heures de relevée. Les habitants de la communauté de Duhautoy, ci devant Clémery s’étant ledit jour assemblés dans une des salles du château de Monsieur le Marquis de Du Hautoy seigneur dudit lieu, Belleau, etc.. pour obéir et satisfaire aux ordres de Sa Majesté portés sur les lettres données à Versailles le sept février dernier pour la convocation et la tenue des Etats Généraux de ce royaume y annexés ainsi qu’à l’ordonnance de Monsieur le Lieutenant général de Pont-à-Mousson, leurs juridictions étant donc en ladite assemblée les mêmes habitants ont déclaré d’une voix unanime qu’ils allaient de suite s’occuper de la rédaction de leur cahier de doléances, plaintes et remontrances comme en effet ils y ont procédé comme s’ensuit :

Article premier :

La communauté dudit lieu est composée de soixante habitants du nombre desquels il y en a toujours eu au moins vingt-cinq réputés pour mendiants qui n’ont aucune ressource pour se procurer les aliments nécessaires aux nécessités présentes de cette vie que les secours de leur charitable.

Article 2

Les mêmes habitants sont tous, chacun envers soi, chargés de rentes annuelles, et perpétuelle envers leur seigneur pour droits de cour et de bourgeoisie. Ce droit est tel que le laboureur dudit lieu doit quatre bichets de blé et six d’avoine, mesure de Pont-à-Mousson. Chaque manœuvre doit deux bichets de blé et trois d’avoine même mesure. Les femmes veuves et filles usant de leurs droits ne doivent que moitié.

Article 3

Chaque manœuvre doit en outre pour droit d’assise pour chacun d’eux et envers leur seigneur trois bichets de blé, et quatre d’avoine, mesure de Nomeny et quatre poules le tout payable au jour de la recette. Les femmes veuves et filles n’en doivent que moitié.

Article 4

Il est dû par la communauté pour emprunt par elle fait, un capital de mille livres, cours du Royaume pour servir à acquitter le prix des ouvrages de la construction de leur nouveau cimetière fait pendant le courant de l’année dernière avec la rente dudit capital.

Article 5

Il est dû par la communauté au nommé François Colson, cirier à Manoncourt, une somme de cent vingt livres pour prix de cire par lui fournie depuis plusieurs années à la communauté à défaut de deniers de fabrique.

Article 6

Il est dû au Seigneur du lieu un droit de charues, la charue a été fixée par arrêt de la Cour à vingt huit jours, le jour à 400 verges et pour ce droit, l’on paie quatre quartes de blé et quatre d’avoine à six bichets l’un, le tout de mesure de Nomeny.

Article 7

Chaque laboureur doit au seigneur quatre journée de charues.

Article 8

Tous les habitants du lieu doivent faucher et fanner chaque année les foins du Breuil composés d’environ trente fauchées et les laboureurs doivent les rentrer sur les greniers du château.

Article 9

Chaque manœuvre doit mie journée au Seigneur à siller les blés, finalement lesdits habitants sont tenus de fermer en bon et suffisant état un sillon appelé le champ de la ville appartenant au dit seigneur.

Article 10

Le ban et le finage de ce lieu est composé d’environ de huit à neuf cents jours de terres labourables, dans le nombre desquels il y en a presque un tiers qui ne peut être réputé que pour friche et le tout pris à ferme d’un chétif rapport.

Article 11

Il appartient à la communauté environ soixante jours de pâquis convertis en terres labourables distribuées par portions égales entre tous les habitants duquel nombre desdits soixante jours de terre, le seigneur en a perçu son tiers, il ne reste donc plus à la communauté que quarante jours.

Article 12

Il appartient à la même communauté, quelques petits cantons de bois de la consistance d’environ deux cents arpents, mesure de Lorraine, d’un petit rapport distribué par affouages pour être partagés par portions égales entre tous les habitants et dont le Seigneur a le droit de tirer double portion avant le partage. Fait et arrêté en l’Assemblée de communauté ledit jour huit mars mil sept cent quatre vingt neuf.

Certifié sincère et véritable et ont lesdits habitants signé après lecture faite :

[Signatures de] Mangeot, greffier; J. Palissot, syndic; Nicolas E. Benoit ; Jean Lemoine ; Claude Georges ; Etienne Mulot ; Joseph Lemoine député , Sébastien Lallemand, député ; Joseph Mouche; Léopold Chambille ; Etienne Courard .

La guerre de 1914-1918 :

Rapports et délibérations – Conseil général du Département de la Meurthe et Moselle 1920

LISTE DES COMMUNES AYANT ÉTÉ L’OBJET DE DÉCORATIONS OU DE CITATIONS POUR LEUR BELLE CONDUITE AU COURS DE LA GUERRE

Le ministre de la Guerre cite à l’ordre de l’armée :

CLÉMERY, LÉTRICOURT (Meurthe-et-Moselle) : sont restées pendant quatre ans dans la zone de feu, subissant de multiples bombardements qui les ont complètement détruites, faisant ainsi preuve d’une héroïque abnégation.
Paris, le 28 septembre 1920.

André LEFÈVRE.

Témoignages : Ecrit du fils de l’instituteur de Rouves  (Meurthe-et-Moselle), écolier réfugié dans les Alpes-Maritimes, sans date, première page.

Un récit anonyme, à Rouves, celui du fils de l’instituteur est peut-être l’un des plus détaillés qui puisse nous raconter l’arrivée de la guerre, des destructions et des morts dans les villages :

« Dès le début de la guerre, des patrouilles de cavalerie allemandes sillonnent le pays, chaque jour ce sont des rencontres avec des patrouilles françaises, elles échangent des coups de fusil et souvent des coups de sabre et l’on doit faire enterrer les victimes, hommes et chevaux. Dans le village on a recueilli et caché un blessé qui avait reçu plusieurs coups de lance et de sabre au cours d’une rencontre […] Après quelques jours de soins, ce blessé est déguisé en moissonneur et accompagné de jeune femme également déguisée, il regagne les lignes françaises à la barbe des Allemands.
Le 20 Août, vers neuf heures du matin deux compagnies du 8ème régiment bavarois de Metz arrivent dans le village, tirant des coups de fusil dans toutes les directions poussant des hurlements de bêtes fauves. A coups de hache ou de crosse de fusil, ils brisent les portes et les fenêtres et mettent le feu à cinq maisons. Pendant ce temps, d’autres gardent toutes les issues de la nôtre (maison d’école, mairie, téléphone), mon père est brutalement tiré dehors et fouillé. Il a sur lui un petit canif ; l’allemand lui bourre [sic] sur la figure puis il lui rend. Mon père rentre à la maison et il est gardé en otage avec ma mère.
Un sous-officier, qui parlait très bien français, baïonnette au canon me fait faire le tour de la maison, il me fait passer le premier ; dans toutes les pièces, il pique les murs avec sa baïonnette, fouille les murs et les armoires. A la salle de mairie, au premier étage, il jette par la fenêtre, les fusils de chasse que les habitants du village avaient apportés avant l’invasion, d’autres soldats les ramassent et s’en servent pour briser les fenêtres de la maison d’en face, (maison du Maire), et je suis poussé dans la chambre où sont mes parents ; nous sommes gardés comme otage.
Peu de temps après, mon père et moi sommes conduits près de la fontaine, un capitaine nous bourre brutalement un quart d’eau dans la bouche (il craint que l’eau ne soit empoisonnée) et nous oblige à boire.
Nous sommes reconduit à la maison, mais bientôt nous sommes incommodés par une fumée âcre, nos yeux et ceux des sentinelles qui nous gardent coulent, cette fumée provient des maisons voisines car elles flambent toutes.  […]
Vers deux heures de l’après-midi, nous sommes conduit devant un capitaine entre quatre soldats, baïonnette au canon. Celui-ci est assis prés d’une maison qui brûle, et à quelques mètres de lui il y a un cadavre, c’est celui du cafetier du village que ce célèbre capitaine à tué lui-même de deux coups de revolver au cœur. Le capitaine s’avance vers nous, le révolver au poing, il cause français mais très lentement car il cherche les mots qu’il faut employer. Il demande à mon père s’il était le bourgmestre ; il lui répond que non, qu’il est l’instituteur ; alors il nous tient le langage suivant : « […] Vous allez recommander le calme à votre population, si le village il n’est pas calme, je vous fusillerai, votre dame et votre fils, puis se tournant vers le cadavre : voilà un mort, il faut le faire enterrer dans le cimetière, vous chercherez du monde pour l’enterrer. ».
Puis sur un commandement bref, les quatre soldats nous encadrent et nous ramènent à la maison. Dans cette partie du village, trois autres maisons flambent.
Le capitaine nous avait causé en français et les militaires qui nous gardaient n’avaient pas compris, je faisais tout ce qu’il m’était possible pour leur faire comprendre qu’il fallait nous laisser sortir pour exécuter les ordres de leur chef, mais à tout ce qu’on leur disait ils répondaient invariablement « c’est fou restez z’écôle ». Voyant qu’il était impossible de nous faire comprendre, nous attendions les foudres du capitaine, quand ils amenèrent un nouvel otage, c’est un luxembourgeois naturalisé français depuis 25 ans et qui a un fils et un gendre à la guerre, ce dernier est blessé – nous expliquons les ordres du capitaine à cet homme qui les traduit aux sentinelles, et lui-même nous déclare qu’il vient d’enterrer le cafetier et un jeune homme de seize ans qui avait également était tué […]
Au bout d’un certain temps, le Maire et sa famille sont amenés avec nous en otage. A chaque instant, se sont des officiers qui viennent nous voir, c’est d’abord un officier de hussard de la mort, puis un officier de uhlan, le monocle à l’œil […]
Vers cinq heures, on amène encore des otages, ce sont trois hommes, qui depuis le matin ont les mains liées derrière le dos, ils ont été promenés partout, plusieurs fois, les soldats qui les conduisent font fait [sic] le simulacre de tirer sur eux.
A six heures du soir, tous les habitants sont chassés de chez eux, sans avoir le temps ni le droit de prendre ni un vêtement, ni leur argent, ceux qui ne sortent pas assez vite sont menacés de la baïonnette, les otages sont également chassés, sauf le Maire qui est gardé. Nous sommes tous réunis au milieu du village […]  Après divers commandements en allemands, une trentaine de soldats nous conduisent au moulin de Clémery. Il est sept heures du soir, nous sommes environ 120, notre triste cortège comprend cinq septuagénaires et vingt trois petits enfants dont l’ainé n’a pas sept ans. Là, nous prenons de la paille dans la ferme du moulin qui est abandonnée, et nous nous installons sous des peupliers ; les enfants pleurent, ils ont faim, un jeune homme qui a trouvé une gamelle de soldat va traire des vaches abandonnées qui cherchent leur nourriture dans les prés, le lait est donné aux enfants, un de mes amis qui a trouvé un paquet de biscuits de soldat m’en donne un, je le mange, car depuis sept heures du matin nous n’avons pris aucune nourriture.
Vers huit heures, un soldat nous dit qu’il faut immédiatement partir, si nous ne partons pas de suite ils vont tirer sur nous, et défense de passer la seille sur ce pont du moulin de Clémery, il faut aller au pont de Port sur Seille qui se trouve à trois kilomètres en aval. Nous partons à travers les prés, à travers les champs, il fait nuit, arrivé au pont de Port sur Seille, comment passer, allons nous trouver les français ou les allemands ? Après bien des hésitations, nous nous avançons, le pont est barré à l’aide de voitures, de herses, de fagots, de chaines, de fil de fer barbelé, nous passons ce barrage avec bien des difficultés. Au village de Port s/s Seille, presque tous les habitants vont dans les caves, les prussiens ont bombardé le pays dans la journée et quelques maisons brulent : mais nous apprenons que l’armée française s’est retirée du côté de la forêt, nous nous dirigeons de ce côté. Au bout d’un certain temps, nous rencontrons une patrouille française ; enfin nous respirons librement, nous ne verrons plus de prussiens.

Immédiatement, nous sommes conduits de poste en poste et nous arrivons dans un petit village le 21 Août vers deux heures du matin. Là, nous nous reposons dans une grange jusque quatre heures puis nous continuons notre chemin. Ce jour là, nous nous mettons en relations avec la préfecture de Nancy qui prend des mesures nécessaires pour évacuer les habitants de Rouves et d’autres localités qui avaient subi le même sort.
Le samedi 22, mon père tombe malade et nous ne pouvons accompagner ces malheureux, mais nous promettons de les rejoindre, ce que nous essayons de faire le cinq Septembre. A cette date, nous quittons Bar-le-Duc, pour Chaumont et Troyes [ …] le Maire conduit tout le monde à la gare […] Nous arrivons à Dijon […], nous sommes conduits dans un refuge ou l’on nous sert un bouillon et nous sommes bien aise de nous étendre sur de la paille, où l’on fait comme dit Paul Déroulède, son lit à sa taille. De Dijon, nous voulons retourner en Meurthe-et-Moselle mais l’autorité militaire refuse de délivrer des billets pour ce département, de plus on nous oblige à partir sur le midi. On nous fait quitter Dijon le 11, nous passons par St Amour, Lyon, Marseille, et le 13, nous arrivons à Nice
Des renseignements qui nous sont parvenus depuis, il résulte que le Maire de Rouves, après avoir assisté à la destruction de ce qui restait de sa maison, a été fusillé puis enterré, mais si mal, que ses mains n’étaient pas recouvertes de terre. Les Allemands avaient posé une épitaphe ainsi conçue : « Ici repose le corps du Maire de Rouves, condamné à mort le 20 Août 1914 ». Chez nous il ne reste que les meubles éventrés et pillés de leur contenu, linge et literie ont disparu, et même on nous assure que les Allemands sont venus de Metz avec des camions automobiles ».

Recherche d’un corps : Extrait du Journal de Maurice DIGO de la région Nantes mobilisé à Nancy de 1914 à 1919

La Guerre de 1939-1945

Clémery et ses personnages célèbres

Les Marquis de DU HAUTOY

Bibl. : Jean Jacques Lionnois ( 1730-1806)  prêtre et Premier principal du Collège de l’Université de Nancy    » Les preuves de la branche des Marquis  DU HAUTOIS de Clémery  « 

De 1728 à 1790 Clémery a porté le nom de  » Marquisat   DU HAUTOY  » du nom des 7 générations des seigneurs du lieu qui s’y sont succédé.

C’est quand  Magdalaine CHASTAN de LA ROUTTE (1570-1619)  épouse en 1598  Georges Frédéric du HAUTOY (1563-1657) Chevalier, seigneur de Nubécourt dans la Meuse que cette famille entre dans l’histoire de Clémery.

La Maison des DU  HAUTOY est issue  de celle de LUXEMBOURG ( jugement du 8 Mars 1672) dont elle a toujours porté les armes et qui a pris le nom d’une terre de DU HAULTOIS située au Luxembourg .

 Frère Georges DU  HAULTOIS LORRAIN fut un chevalier de Saint Jean de Jerusalem et de Malte du prieuré de Champagne (1560-1564) fut fait prisonnier par les Turcs dans le fort de Sticlini avec 12 autres chevaliers religieux . Ils le pendirent par le pied et le crucifièrent suite à la prise  du Fort de St Elme de Malte le 23 Juin 1566 (Bibl : Les Marquis DU HAUTOIS de Clémery -jj Lionnois 1730-1806 – Martyrologue archives de l’ordre de MALTE )

Gaston Jean Baptiste DU HAUTOY ( 1671-1737)

Taque en marbre noir au  bas de la chaire de l’Eglise de Clémery

Chevalier, seigneur de  » CLEMERY, BEGNICOURT  et BELLAU  » , chambellan de Son altesse royale , le Duc Léopold , commandant d’une compagnie des chevaux légers de sa garde, décédé à Clémery en son château  le 6 Décembre 1737.  » Il a fait ériger Clémery en marquisat  et intègre  BELLAU , situé sous le ressort de son baillage de Pont à Mousson et qui lui appartient pour le tout en haute moyenne et basse justice ».

 Le Marquisat DU  HAUTOY est né, qui devient le chef-lieu . On y installe une Prévôté pour y rendre la justice, composée d’un prévôt, chef de police et gruyer, d’un greffier un notaire et plusieurs sergents, ainsi qu’un signe patibulaire ( une potence) sur quatre piliers .  

Géraud Christophe Michel Du Roc dit DUROC 1772-1813

Christophe de Michel du Roc dit Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du palais de Napoléon Iᵉʳ est né le 25 octobre 1772 à Pont-à-Mousson.

Général de division aux cotés de  Napoléon Bonaparte, tué par un boulet de canon russe qui a ricoché sur un arbre, il  tombe au champ d’honneur à la bataille de Bantzen et décède des suites de ses blessures dans une ferme à Niedermackersdorf  en Silésie  le 22 mai 1813 . Il repose aux invalides aux cotés de  Napoléon mais son cœur est resté dans une urne au sommet de son mausolée de style EMPIRE au cimetière de Pont à Mousson.

Il  achète en 1808 le Château de Clémery aux 3 filles Du Hautoy  qui en avaient hérité de leurs parents Charles Henry du Hautoy et Louise Joséphine de Chérisey. Duroc  profitera peu de sa villégiature et la duchesse de FRIOUL devenue veuve en 1813 conservera ce domaine jusqu’en 1831. Elle  le vend pour la somme de 750 000 francs à Jean Nicolas ARNOULT dont la fille, Marie Ursule Julie épouse en 1839 le Baron Eugène Dominique François de LADOUCETTE.

Baron Eugène Dominique François de LADOUCETTE 1807-1887

( Sources : Les Ladoucette en Lorraine de André PICOT MORAS D’ALIGNY ; Généanet, archives communales)

Le baron Eugène de Ladoucette

Homme politique ,  Auditeur au Conseil d’Etat en 1831 sous préfet de Vouziers en 1831, puis de Saint Etienne en 1838 . Conseiller général des Ardennes 1852-1870 puis Député sous le second empire de 1852 à 1877.

Il fait surélever le château de Clémery par l’architecte Prosper MOREY et y fait apposer ses armes . Le « L » des Ladoucette se trouve sur tous les garde corps en fer forgé des fenêtres et balcons . A 18 ans il sauve sa mère Madame De Ladoucette Charlotte Gobert de l’échafaud .

Il épouse  Julie Arnoult avec laquelle ils auront 2 enfants :

Etienne Charles De Ladoucette  Maire de Clémery 1882-1896  et Charlotte Marie qui épousera Louis Fernand de La Rochethulon, Général de Brigade 2 étoiles futur Maire de Clémery ( voir ci-après).

Julie Arnoult , Baronne de Ladoucette

Baron Etienne Charles de LADOUCETTE 1844-1912
Maire de Clémery 1882-1896

Fils du Baron Eugène Dominique François de Ladoucette, s’engage pour la durée de la guerre en 1870.

Conseiller d’Etat sous le second Empire . Conseiller général d’Audun le Roman en 1854, il devient Député de Meurthe et Moselle de 1876 à 1881 et Député des Ardennes de 1881 à 1885 et de 1889 à 1893. Siege à droite au groupe bonapartiste de l’Appel au peuple (source Dictionnaire des parlementaires français)

Comte Louis Marie Fernand THIBAULT de la ROCHETHULON 1837-1913
Maire de Clémery 1910 – 1913 Conseiller général du canton de Nomeny.

Général de Brigade de cavalerie. Chevalier de l’ordre de Pie IX

Général Comte Louis Marie Fernand de La Rochethulon

Faire part de décès du Comte de La Rochethulon

Il épouse Charlotte Marie DE LADOUCETTE (1845-1902)  .

Ils ont une fille Marie Emmanuelle Louise née le 19 Novembre 1865 à Clémery qui épousera Georges DE MOUSTIER. Il décède le 3 Décembre 1913 dans l’exercice de ses fonctions. C’est son gendre Georges de Moustier qui lui succédera à la mairie.

Comte Georges de MOUSTIER 1860-1951
Maire de Clémery 1913-1920

Capitaine de Cavalerie Epoux de Marie Emmanuelle Louise THIBAULT DE LA ROCHETHULON

Leur  fils Guy de Moustier Lieutenant de cavalerie meurt pour la France devant Montdidier dans l’Aisne, le 24 Mai 1918 à l’âge de 27 ans. Son souvenir est gravé  dans la pierre  sur le  monument aux morts de Clémery ainsi qu’à l’église .

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Leur fille Anne Marie de Moustier publie un Journal de guerre « Six mois dans un château aux avant-postes » en 1914 pendant l’occupation de la région par les troupes allemandes. Le château de Clémery servait d’hôpital ( lazaret) pour les blessés des 2 camps qui revenaient du front.

La Comtesse  Antonie Audéric de Moustiers maman de Georges de Moustier meurt dans l’incendie du Bazar de la Charité à Paris en 1897 avec cent vingt cinq autres personnes. Un appareil de projection au pétrole a mis le feu aux structures en bois.

La Comtesse Antonie  AUDERIC de MOUSTIER

CHARLES LOUIS BEJAUD : ( 1835-1898)
Maire de Clémery (1878 – 1882 ) Juré d’Assises . Créateur de la Dentellerie de la Renaissance

( Bibl : archives municipales, généanet, Est Républicain 1896 , notes  de Annie Viaud )

Originaire de Bressuire dans les Deux Sévres, Charles Louis Béjaut 30 ans alors musicien au 5ème régiment de  dragons,  en garnison à Chalons sur Marne rencontre une jeune fille de Clémery dont les parents sont commerçants, Marie Perrin de 5 ans sa cadette. Il l’épouse à la mairie de Clémery en 1866 et le couple s’ installe au village.

Quelques années plus tard, il devient le « Grand Fabricant de Broderies et Dentelles d’art à Clémery » et il fait construire en 1876 les bâtiments de la ferme de La Renaissance d’aujourd’hui. Madame Béjaud dessine les modèles. Un personnel passionné applique le dessin sur papier et  faufile les projets. Les brodeuses suivent et les relient avec du galon.

La dentelle de Clémery

Monsieur  Béjaud  se charge  de véhiculer les ouvrages au domicile des brodeuses par tilbury   ou pour celles qui ne sont  pas trop loin , les petites mains  emportent leur ouvrage à la maison et  le rapportent chaque fin de semaine  à la fabrique  de la Renaissance.  Là une quinzaine d’ouvrières y mettent la dernière main.  Elles gagnent  60 sous ( 3 francs) par jour .

Crédit photos: guide Michelin des grandes batailles de Nancy-Grand Couronné 1914-1918

Cette  dentellerie occupe  en 1888  environ  500 ouvrières tant à Clémery que dans les autres villages environnants .

Ils ont 4 fils tous nés à  Clémery :

Georges Prosper, né en 1866 , qui selon les sources était fabricant de dentelles à  Paris en 1896, Lucien Louis Charles né en 1868 , fabricant de dentelles à Clémery avec son père , Louis Henri né en  1880  , engagé  volontaire en 1897,  , se marie en Algérie, décède en 1960,  Marcel Félicien né en 1881, engagé volontaire en 1898 marié à Marseille en 1903 devient Inspecteur général des forêts en Indochine. Charles Louis,  crée avec son fils Lucien,  le 2 Mars 1898 une société en nom collectif  Charles et Lucien Béjaud. Lucien s’installe à Paris au 48 rue d’Enghien, au décès de son père le 1er Avril 1898. Il cèdera son affaire 22 ans plus tard à son associé Gabriel LINHARD ( acte notarié du 16 Mars 1920 )

Charles Louis BEJAUD ancien Maire, s’étant vu refuser une sépulture pour son épouse au cimetière de Clémery par son successeur  (articles Est républicain  des 2 et 9 Août 1896 )   a fait édifier la  chapelle qui se trouve dans le petit bois en face de la ferme de la Renaissance  route des 4 Fers où il repose dans un caveau  avec son épouse .

La Chapelle
L’autel de marbre blanc

Michel Collin, dit CLEMENT XV Le Pape lorrain du Petit Vatican de Clémery .

Michel Auguste Marie Collin, né le 15 septembre 1905 originaire de Béchy en Moselle est décédé le 23 juin 1974 en son petit Vatican de Clémery, d’une longue maladie. Pendant la guerre 39-45, jeune abbé, il officiera dans la commune de Flirey où il remplacera l’Abbé Mauvais décédé . Il servira les ouailles de Flirey pendant plus d’une année.

 Le 3 juin 1963 au Vatican , Jean XXIII décède et Michel Collin, applique les prophéties et le troisième secret de Fatima, en se déclarant comme son successeur. Il prend alors  le nom de Clément XV, et s’autoproclame pape dès le dimanche suivant au petit Vatican de Clémery.

Accompagné d’une de ses sœurs, religieuse à Novéant, il nomme nombre de cardinaux, évêques, prêtres et religieuses toutes habillées d’aubes blanches et voile bleu ciel.

A la suite de ces évènements, il sera réduit à l’état laïc par l’Eglise catholique.

Aujourd’hui, on perpétue sa mémoire à la Basilique de Marie Co-rédemptrice au Hameau des 4 fers, comme les habitants de Clémery désignent le lieu . Surmonté d’une croix blanche qui illumine la nuit , le site accueille encore des fidèles et il n’est pas rare d’apercevoir un ou deux autocars certains Dimanches qui amènent des étrangers d’Allemagne , de Suisse ou du Canada, où la congrégation avait essaimé , pèlerins qui viennent se recueillir sur son tombeau.

Clément XV racontait que la Sainte Vierge lui était apparue dans son jardin de Clémery, le 4 novembre 1960.

Le château de Clémery

Durant des siècles, la Lorraine restera un état indépendant, avec Nancy pour capitale dès le XIè siècle. Le rattachement de la Lorraine au Royaume des Lys date du siècle de Louis XV. La nouvelle province Française est née officiellement le 23 Février 1766.

 Le duché de Lorraine fut créé en 965 et donné à Frédéric 1er de descendance carolingienne. 28 ducs de la Maison de Lorraine ont régné sur le duché, Stanislas qui régna de 1737 à 1766 n’étant qu’un duc à titre nominal puisqu’il avait été placé sur le trône du duché de Lorraine par Louis XV son gendre.                  

Le château de Clémery , à l’origine un complexe fortifié du  IXème siècle, selon Dom Auguste Calmet ( notice de la Lorraine en 2 tomes de 1756) a été édifié par Antoine Warin de Clémery au début du XVème siècle.  

 Un acte de 1416 mentionne  la forteresse que le Duc Charles II de Lorraine   avait occupée pour empêcher le Duc de Bar Edouard III de s’y installer. En 1420 René Ier Duc de Bar, puis de Lorraine , prend sous sa protection les habitants de la ville de Clémery-Bénicourt sous des conditions de rentes diverses.

Le 15 Mars 1570 Anne de Harange et son fils François Warin de Clémery, seigneur du lieu rappellent que l’érection du signe patibulaire ( la potence) appartient au seigneur dudit lieu comme ayant seul , la haute moyenne et basse justice et que dans son château étaient les prisons pour renfermer les délinquants (Lepage 1853).

Vers 1574, le château passe à Fouquet CHASTAN de LA ROUTTE époux d’Oriane Warin de Clémery, gouverneur de Marsal massacré en 1589 par les Reitres, cavaliers légers   alliés des français .

Leur fille Madeleine l’apporta à son mari Georges Frédéric DU HAUTOY

Le 1er Septembre 1635, les Suédois, Croates et Pollacs tenant le parti de l’empereur, prennent le château et rasent le village. Le Maréchal François de l’Hospital seigneur du Hallier et de Beynes vient aussitôt  assiéger le château et après 3 jours le reprend   le 12 Octobre 1635 ayant ouvert une brèche et donné l’assaut.  

 Le 26 Mars 1728  les terres de Clémery, Bénicourt et Belleau sont réunies et le Duc Léopold de Lorraine érige  ces terres en marquisat sous le nom de DUHAUTOY, en faveur   de Jean Baptiste Gaston, Comte  DU  HAUTOY, chambellan du duc Léopold. Par un arrêt du  Conseil de Lunéville du 15 Mars 1760, le marquisat dont le siège, fixé d’abord à Belleau,  est  transféré à Clémery et  le nom  changé en celui de DUHAUTOY.  ( Dorvaux. Les Anciens Pouillés du Diocèse de Metz, p. 537.)

A la veille de la Révolution, en 1780, la maison forte conserve son allure médiévale ainsi que le rapporte Gaston Durival dans son journal : «le château était environné de fossés et de vastes prairies». Quatre tours et un pont levis en défendaient l’entrée.

  Entre 1783 et 1829, on supprime les tours, les bâtiments et le pont-levis situé côté sud. Les fossés sont comblés. Les constructions restantes  dessinent un plan en fer à cheval.

Le château reste dans la famille DU HAUTOY  jusqu’au début du XIXe siècle . Vendu et habité au premier empire par le Grand Maréchal du Palais  Géraud Christophe Michel DUROC , originaire de Pont à Mousson et compagnon fidèle de Napoléon Bonaparte. Son  tombeau se trouve au cimetière de Pont à Mousson . La duchesse de FRIOUL devenue veuve conserve le château jusqu’en 1831. Il est vendu à Jean Nicolas ARNOULT négociant à Nancy pour la somme de sept cent cinquante mille francs .

C’est à la suite du mariage en 1861  de Julie Arnoult  fille de Jean Nicolas avec le baron Eugène Dominique François de LADOUCETTE, dont la famille a des attaches lorraines, à Gorze, puis Metz, que le château de Clémery parvient, par les femmes, aux propriétaires actuels.

Eugène de LADOUCETTE  fait réaliser des  transformations : surélévation du château, transformation de l’allure extérieure et dans la disposition intérieure du bâtiment. L’état actuel du château est celui issu des profondes transformations dues à l’architecte Morey qui en fait un  «château à la moderne».

L’initiale  » L » de Ladoucette est sur chaque garde-corps ou appui de fenêtre

Le baron Etienne de LADOUCETTE, le fils d’Eugène  deviendra Maire de Clémery de Décembre 1882 à Avril 1896 et député de Meurthe et Moselle.

Sa sœur Charlotte Marie de LADOUCETTE  épouse  le Comte Louis Marie Fernand  Comte de La ROCHETHULLON qui sera Maire de Clémery de 1901 jusqu’en 1913 et Conseiller Général du Canton de Nomeny . C’est son gendre le Comte Georges de MOUSTIER qui devient Maire de Clémery au  décès de son beau-père en décembre 1913 quelques mois avant la déclaration de la guerre  le 3 Août  1914. Le château était près de la ligne de front, la frontière étant entre Raucourt et Saint Jure. Le pont du Moulin de Clémery sur la Seille était un point de passage stratégique . Un bunker existe encore aujourd’hui dans le parc du château .

La fille Anne Marie de MOUSTIER laissera  » un journal de guerre « Six mois dans un château aux avant postes » écrit  en 1914 dans lequel, elle parle de son père, le Maire du village, qui devait transiger avec les allemands au sujet des blessés qui étaient soignés au château transformé en hôpital.  Dans le journal du 11 Juillet 1919, de Maurice DIGO sous officier,  celui-ci parle de  » lazaret  » pour désigner l’hôpital du château .

Le fils Guy de MOUSTIER, lieutenant de cavalerie , décède à 27 ans à Guise dans l’Aisne le 24 Mai 1918 . Son nom est gravé sur le monument aux morts et à l’Eglise de Clémery.

Aile droite du château démolie 1944
Château 1944 Après bombardement américain

Puis au cours de la seconde guerre mondiale, le château est occupé par les Allemands et libéré le 8 octobre 1944 par les Américains qui en tirant au char depuis la grille, détruisent l’aile droite en partie et les deux pavillons terminaux au toit à quatre pans, afin de libérer les prisonniers français dans les caves  [Source: Ministère de la Culture]

Le château est inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques par arrêté du Ministère de la Culture en date  du 25 Juin 1986.

 Le pavillon Sud

Les éléments protégés: le portail et le pavillon d’entrée au Sud, les façades et les toitures du château; l’antichambre, le grand salon et le petit salon au rez de chaussée surélevé du corps central, la chambre à alcôve du 1er étage de l’aile Est, le grand escalier à la jonction du corps principal et de l’aile Ouest.

Près du potager, l’ancienne orangerie  contemporaine, édifiée par un certain Camille. sert de fond de perspective à un dessin de buis évoquant un labyrinthe . Un grand parc de 15 hectares entoure le château  avec des arbres centenaires remarquables ( Sequoia, Ginko biloba ,Tulipier de Virginie, platanes etc.)

L’Eglise de Clémery

L’église de Clémery en 2021
Le clocher et la sacristie déplacés en 1764

D’après une notice historique de l’Abbé A. Nicolas de 1929, qui se réfère à Henri Lepage auteur des » Communes de la Meurthe « , ainsi qu’en attestent d’anciens titres, il y avait   à Clémery un couvent de Bénédictins de l’ordre de St Benoît, qui dépendait de l’Abbaye St Symphorien de Metz fondée par Pappolus 26ème  évêque de Metz en 612-614.

Ce couvent  aurait été  construit au IXème siècle par   les moines . Des constructions s’élevèrent autour du couvent et cet ensemble prit le nom de Clos Rémy . Le 21 Septembre 1223, Conrad évêque de Metz incorpore la cure de Clémery avec ses revenus et dépendances à l’Abbaye de St Symphorien. Erford archidiacre de Metz et Thierry archevêque de Trêves, confirment cette union par des chartes également datées du 21 Septembre1223.

Une bulle du Pape HONORIUS III la ratifie le 21 Mai 1224.

En 1416 les religieux de Saint Symphorien font des remontrances à Charles II Duc de Lorraine pour les dommages qu’ils ont causés à la suite de l’occupation de ses troupes dans « leur forteresse de Clémery » . De 1318 à 1333, puis de 1396 jusqu’à 1481 les Bénédictins seront les  seigneurs temporels de Clémery.  

En 1764 l’église étant devenue trop petite , le curé demande que celle-ci soit agrandie. Le clocher et la sacristie sont  déplacés et  reconstruits à l’emplacement actuel en aveuglant  deux fenêtres plein cintre, une coté Evangile et l’autre coté Epître.

La bénédiction solennelle eut lieu le 13 Janvier 1765 par le Sieur Royer, curé de Clémery mandaté par le Vicaire général de Saintignon  par acte officiel sous seing privé. (Annuaire de la Moselle 1860)

Le chœur de la vieille église qui est ogival, était porté de chaque coté de son entrée par deux piliers carrés. Orné à hauteur de la clef  de voûte d’un écusson armorié qui au début du XXème siècle aurait vu ses armes effacées   afin d’y apposer le monogramme du Christ. Aujourd’hui il ne reste  que l’écusson .

La guerre de 1914-1918 a laissé une église détruite presque totalement. Elle sera rebâtie et bénite le 24 Septembre 1922 par Monseigneur de la Celle.

La fenêtre du fond du XIVème siècle a été restaurée dans son état ancien.  Le cimetière entourait l’église

Elle fut de nouveau  bombardée à la libération par les Américains en 1944 .

Eglise démolie 1918
Inauguration de l’Eglise en 1922

Statuaire de l’Eglise de Clémery ( sources LIMEDIA GALERIES)

Statue de Saint Loup  :

La statue en pierre peinte, date  du 16e siècle. Elle est propriété de la commune ; 1965/01/18 : classée au titre objet  Palissy  PM 54000146

Un pèlerinage à Saint Loup:

Il y avait jadis à Clémery, un pèlerinage à Saint Loup, que l’on venait prier de loin pour les enfants malades, les loupes et les tumeurs sous la peau. Il existait alors à Clémery une Fontaine des Bons malades aujourd’hui captée.

Le pèlerinage a aujourd’hui disparu . La statue est restée et au siècle dernier on invoquait encore St Loup pour les enfants chétifs et scrofuleux.

Célèbre évêque de Troyes (395-479), né à Toul. Saint-Loup est connu pour plusieurs miracles et faits exceptionnels. Parmi ceux-ci, il évita le massacre de Troyes en allant aux devants d’Attila, souverain des Huns alors en pleine conquête européenne.

La légende veut que Saint-Loup, craignant pour sa cité aux défenses vétustes, envoya des ambassadeurs pour tenter de négocier avec Attila, mais ceux-ci furent tués sur le champ. Apprenant la nouvelle, Saint-Loup serait allé en personne parler à Attila. Celui-ci se donna à cet instant le titre resté célèbre de “fléau de Dieu”, qui poussa Saint-Loup à lui conseiller de ne pas abuser du pouvoir que Dieu lui aurait confié. Attila fût si impressionné par cette répartie qu’il épargna Troyes, mais prit Saint-Loup en otage comme gage de sa retraite et le libéra près du Rhin. La légende raconte qu’Attila aurait demandé à Saint-Loup de l’accompagner plus longtemps sur la route.

Statue de  la Foi ( appelée aussi Espérance-notice 1929 ) 

Sculpture : pierre  1ère moitié 17e siècle. Propriété de la commune ; 1984/09/5  

Classée au titre objet Palissy  PM 54000148

Groupe sculpté : Allégorie de la Charité . Groupe sculpté en pierre . 1ère moitié 18e siècle

propriété de la commune ; 1978/07/11 : classé au titre objet Palissy PM 54000147

Saint Antoine de Padoue
Vierge au Serpent en bois polychrome

Les vitraux de Clémery : 6 verrières figurées (baies 0, 1, 2, 3, 5, 6)
Vitrail , verre transparent : verre anglais, verre américain, grisaille sur verre, jaune d’argent, à plusieurs couches, plomb (réseau).  Benoit (atelier de peintre-verrier), Gruber Jacques (peintre-verrier) ; 1er quart 20e siècle .

Propriété publique Palissy IM 54002456

Baie n° 0 Rencontre de St Germain, St Loup, et Ste Geneviève

Baie n°1 La sainte famille
Baie n°5 -Le baptême du Christ
Baie n°6 – Les disciples d’Emmaüs

Baie n°2 – La Mort de Saint Joseph
Baie n°3- La reconstruction de l’église de Clémery 1922
L’ange dit : « HAEC EST DOMUS DOMINI » Ceci est la maison du Seigneur

Baie n°4 – La mort de notre seigneur Jésus

LES VITRAUX DE JACQUES GRUBER

Seul le vitrail n°4 a été refait par l’atelier Benoît en 1953 , probablement suite au bombardement de1944 qui avait détruit le clocher.